Mercredi 12 Avril 2006
couple de vestes sur la route
Par Laurence et Jean-Michel etatdemarche, Mercredi 12 Avril 2006 à 22:11 GMT+2 dans carnet de bord

Clermont (on y arrive en train),
Giencourt (Georges Saveyn, le fermier flamand, sa très très jolie ferme),
Breuil-le-vert, Sénécourt, marais (je tombe dans un marais, le pied gauche jusqu’au genou, une boue noire, collante, malodorante, après les étangs barrés et tous les chevaux de Camargues, une douzaine, dans un champ),
Uny-saint-Georges, Rantigny, Liancourt, Cauffry, Laigneville, (je tombe à plat ventre sur un minuscule trottoir coincé entre usines, voie rapide, et rails du train),
Nogent-sur-Oise, Creil (retour à la grande ville, le corps est endolori par les deux chutes)
Quitter Clermont, le haut de Clermont, descente sur Giencourt où vivent les giencourtois, une ferme d’un autre temps, le porche la dessine, volets bleus, pierre lisse, gris pâle, dans la porte de la ferme apparaît le fermier, Georges Saveyn, il est né là il y a 77 ans, le regard très bleu, pas très grand, mince, vif, sans âge, ses parents, flamands de Belgique, sa mère, elle va peut-être avoir 106 ans dans quelques jours, Elisa, mais peut-être pas, l’hiver a été rude pour elle, et les légumes ne sortent pas, les poules vivent dans la chambre, dans la cuisine, et les poussins, et le canard et le coq, fientes de volaille sur les carrelages, pas de femme, pas d’enfants, en Guadeloupe il y a 7 ans, quand il parle des amis morts, les yeux se mouillent de larmes, il est en train de perdre un très bon ami, cancer du poumon, un autre est mort d’un cancer généralisé en 10 jours, et plus loin il y avait une femme qui a perdu son mari de 42 ans, veuve si jeune avec 7 enfants de 13 à 3 ans, bien des années plus tard, un des enfants l’invite en Corse, il est accueilli là-bas comme s’il était leur père pourtant il n’a pas fait grand chose pour eux, il les a aidés comme il a pu, Georges ouvre une bouteille, un coup de cidre, du cidre maison, moi je n’ai plus la machine pour le faire, mais c’est le voisin d’à côté, je me lève tôt le matin, 5H30, je travaille beaucoup beaucoup, quand il y a des choses à faire je me lève, en hiver un peu plus tard, c’est plus difficile de se lever avec le froid, non je n’ai pas tellement vu le paysage changer, j’ai quelques terres encore, de quoi nourrir les lapins, les volailles, les chats, on se serre dans nos bras à la gloire de nos origines flandriennes, et on laisse le chocolat belge sur la table, pour Elisa, sa maman de Gand, c’est la semaine sainte, le temps est souvent incertain cette semaine-là, il a remarqué ça, je peux vous raconter une blague coquine ? c’est une femme elle porte la semaine sainte un soutien-gorge noir, elle dit, c’est parce que mes seins sont en deuil,
je suis un marcheur oisif, je ne comprends pas pourquoi on marche pour relier deux endroits, moi je marche en oisif, je regarde les fleurs, je cueille les champignons, s’il y a un joli buisson, des fougères, je m’assieds avec ma copine et je regarde le paysage, et on parle, on rit, on manque tellement de choses en marchant d’un endroit à un autre, en Guadeloupe les fleurs n’ont pas d’odeurs mais leurs couleurs sont tellement belles, ce qui m’étonnait là-bas, c’est la différence, la différence, on est fait pour vivre ensemble, tous, avec nos différences, c’est le rire qui me tient vivant.








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