Chers amis,
Comment ne pas appeler amis, ceux qui osent partager de la beauté avec
autant de vérité, de sensibilité et de talent.
Je rentre ce soir de votre spectacle que je viens de voir à Lormont où
j'habite. Et bien, grâce à vous, ce petit bout de terre s'est relié à
l'horizon.
Je connaissais Jean-Michel, je connais maintenant Laurence. Que vous
êtes beaux !
Et que dire... C'est vraiment profondément ému que je vous écris ce
soir. Comme si je n'avais rien de plus urgent à faire que de vous dire
combien... marcher vous va si bien.
Vous êtes l'un et l'autre des lumières allumés pour éclairer le monde,
pour l'ensoleiller, pour faire vivre "ces battements d'humanité".
L'un par l'autre, l'un avec l'autre.
Laurence, merci pour tes mots...
"Daniel ! Daniel ! Je voudrais que tu nous laisses marcher !"
C'est comme un cri, profond et fort adressé au monde "moderne" de la
technologie et de la vitesse...
Dans le TGV de la vie, c'est comme un cri jusqu'aux larmes... "Je
voudrais que tu nous laisses marcher", "Laisses-moi marcher..." Pour que
ma vie ne ressemble pas à une autoroute, où les quelques moments de
vacances ressemblent à des arrêts pipi sur une aire d'autoroute.
Pour faire de ma naissance autre chose qu'un nécessaire point de départ
et de ma mort un ultime point d'arrivée.
Laurence, tu m'as dit lorsqu'on s'est quitté : Bon chemin ! C'est
vraiment çà que j'ai envie de vivre, la vie comme un chemin, comme un
sentier même. Suivre un sentier d'humanité, fait par des pas, des pas,
des pas... Des pas de papas, des pas de pas papas...
Quelle belle histoire vous racontez !
Jean-Michel comme un équilibriste qui donne à la terre tout ce qu'il
reçoit d'elle... un simple appui rempli de sensibilité, un pas... un
simple pas... si délicat... Et des pieds comme des oreilles, qui
écoutent, qui écoutent ce que la terre dit... Je les revois ces pieds.
Ils semblent aspirer le sol, ils hument l'humus... Ils sont si humbles
ces pieds, ils sont si beaux...
Et tous ces pas comme un coeur qui bat...
Tous ces pas rempli de simplicité et d'humilité. Voilà pourquoi votre
spectacle me touche, c'est un hymne à l'humillité. Quoi de plus humble
que de marcher à pied... Cela me rappelle un livre de Christian Bobin,
"l'homme qui marche"... des mots clairs comme du cristal, limpides comme
une source de montagne...
Ces mots, Laurence, je les ai pris avec moi. Ils sont écrit dans un
livre qui les garde précieusement, comme dans un coffret... Dès qu'on
l'ouvre, ils revivent, ils s'envolent de nouveau et viennent se poser
dans le coeur...
En plus, dorénavant quand j'ouvrirai ce livre, j'aurai ta voix
inoubliable, celle qui rend les mots vivants.
Dans la salle, derrière moi, il y avait deux jeunes filles très agitées
qui parlaient beaucoup et assez fort au début du spectacle, des jeunes
comme il y en a beaucoup, peu habitués au spectacle et abrutis
par des écouteurs qui vomissent un rapp pas toujours bienfaisant.
Et bien, mes amis, au bout de quelques minutes, elles se sont tu,
complètement. J'ai souri et j'ai imaginé leurs oreilles lavées par tes
mots, Laurence et leur coeur ouvert enfin à la poésie qui leur était
offerte.
"C'est si fin les lignes qu'on trace sur la carte entre deux points..."
C'est si fin ces liens qu'on tisse dans la vie entre deux coeurs.
J'ai les pieds qui ont faim de marche...
Emmanuel