Vivre pleinement pas à pas - Michel Voiturier - ruedutheatre.info

COUP DE COEUR
La prestation de Laurence Vielle et de Jean-Michel Agius donne un spectacle atypique. Il est danse et poésie, gestes et parole, action et réflexion, silence et musique. Il reprend des éléments glanés au long du périple pédestre que les deux artistes ont accompli, reliant Bruxelles et Paris via la Côte d’Opale. Il devient parcours de vie, éloge de la marche considérée comme moyen d’être soi, d’être couple tout en étant au monde autour de soi.
Vrai moment de bonheur que cette représentation où la voix si particulière de Laurence Vielle et le corps si spatialement présent de Jean-Michel Agius emmènent le spectateur dans la poésie la plus nue, dans la communion la plus perceptible avec les êtres, les lieux, les mots. En ces débuts de la fin du règne triomphaliste de la bagnole, quel régal que de partager une traversée de villes, de villages, de chemins de halage, de forêts, de marais au rythme naturel de la promenade. Le paysage redevient habitable grâce à la lenteur. Les noms de patelins sortent de l’imprimé de la carte routière pour être des sonorités vivantes, des éléments liés à l’humain et à la nature. L’itinéraire se peuple de personnages croisés. Il se conserve en mémoire par de menus faits, par des rencontres, des spécificités locales.
C’est « le rêve d’un monde de marcheurs où le temps des jours est dilué au rythme des pieds ». Le voici concrétisé par la caméra d’Agius qui filme ses chaussures, les montre sur des terrains divers. L’œil regarde les images projetées. Il les associe aux gestes élégants du danseur. Il voit un homme en recherche d’équilibre, en action sur l’espace qu’il meuble en transposant ses perceptions charnelles en gestes. Les mots s’associent, tapés en direct sur ordinateur. Ils s’inscrivent sur le mur du fond, déambulation scripturale qui aligne des phrases, syllabe après syllabe, comme les pas constituant peu à peu un itinéraire.
Les mots sont sonores aussi ; parlés, ils s’insèrent dans les oreilles. Ils racontent le quotidien nomade de deux personnes décidées à aller jusqu’au bout de leur projet. Ils expriment des sensations, des émotions, des associations d’idées. Ils jouent avec des musiques grinçantes, parodiques, décalées, prospectives, sorties du violon de Catherine Graindorge et des percussions d’Elie Rabinovitch. Le temps s’écoule, imperceptiblement. Le public l’oublie. Il marche dans sa tête. Il imagine. Il partage. Il a quitté les contingences du stress de la hâte induite par une conception utilitaire d’un temps productif pour se plonger dans l’atemporalité d’une redécouverte du corps, du territoire, des relations affectueuses, des réminiscences de l’enfance. Quel délice que de se retrouver à l’intérieur de soi en présence du monde !
18 Juillet 2007
Par Laurence et Jean-Michel etatdemarche, Lundi 3 Septembre 2007 à 18:12 GMT+2 dans carnet de bord (article, RSS)







