ETAT DE MARCHE

Etat de Marche par Laurence Vielle

Le monde va vite. C'est l'ère de la vitesse. Le temps motorisé. Je désire te toucher, c'est vite réglé.
Nos corps éloignés se joignent sans bouger, partout et à toute heure.
Voix sans corps.
Je désire te parler, je te parle tout de suite, où que je sois.
Un espace a disparu.
Celui où s'alliaient le temps, l’espace, l'imaginaire, le désir.



À force d'entrechoquer nos vies en grande rapidité, j'ai envie de prendre mes jambes à mon cou pour me re-poser. Et découvrir avec nos corps, nos yeux, nos voix, nos pensées, la distance qui nous sépare.
Si nous marchions entre nos maisons ? Si nous longions d'abord des canaux, puis nous traversons des marais, ensuite les forêts ?
Un jour, nous arrivons à Paris.
Tu crées des danses en marchant, et des images. Je recueille avec le petit enregistreur les voix de ceux que nous rencontrons, les signes du chemin; des mots me viennent, des écritures.
Après, il y a un spectacle : état de marche.
Chroniqueurs de la très grande lenteur, nous y racontons ce que nos corps et nos imaginaires, nos pensées ont glané : l'état de marche des sans-vitesse, des routes arpentées, des visages croisés et de nos cœurs en jambes.
Je lis des livres sur la marche.
Découverte d’autres histoires de marcheurs :
Marina Abramovic et Ulay (un couple de performeurs) parcourent à pied la muraille de Chine. Chacun part d’un côté pour se retrouver au milieu. (Ulay a rencontré en route une jolie chinoise. Au point central, Anna et Ulay se donnent un dernier baiser et continuent leur route.) Il y a les rêveries du promeneur solitaire, la marche de David Thoreau. Michel Harcq, sac au dos, sillonnait chaque semaine la nationale 4 avec un enregistreur, glaneur de vies sur la route, pour son émission radiophonique. Stevenson à la fin du 19ème siècle a relié Anvers et Paris par les canaux, en tenant un journal de bord…
La liste est longue de voyageurs qui, par leur marche, leur périple, ont recherché les relations entre leurs idées, leurs actes et le monde concret. À propos, je n’étais jamais sortie de Bruxelles à pied.

Vos commentaires

1 Le Jeudi 4 Aout 2005 à 12:35 GMT+2, par Colette Brou

Super votre site, magnifique votre projet, émouvant vos textes.
Soyez prudents, je vous suis dans vos pas!Profitez de ces moments magiques et exceptionnels, la vie est belle et vaut la peine d'être prise comme vous l'avez imaginé.
Bisous de Colette et Guy

2 Le Jeudi 4 Aout 2005 à 19:50 GMT+2, par Léopold et Kathrin

Quel entreprise magnifique que la vôtre! Assis dans la chambre de travail de l'écrivain Lion Feuchtwanger (mort en 1958) à Pacific Palisades, Kathrin á côté á la table de Franz Werfel (à laquelle il mouru), vue par la fenêtre ouverte sur le pacifique, ou plutôt non, car, comme tous les matins, il est noyé dans les brumes. L'après-midi nous décendrons nous affronter aux vagues qui sont d'une force à vous renverser comme rien. Les trajets ici sont immenses, nous prendrons donc demain la voiture pour partir dans le nord de la Californie, voir les forêts géantes. Je vous envie d'aller à pieds!
Et à pertir de maintenant on pensera à vous...
Léo et Kathrin

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